La « vie stable » comme élément d’un modèle écosocialiste


26122012-3

Les récents débats sur le « coût du travail » en France, mis sur la table par les branches les plus « financières » du patronat, mais également par l’ensemble des libéraux et socio-libéraux, permettent de faire la lumière sur la conception de la mobilité des élites financières. La mise en concurrence globalisée des Etats doit garantir l’absence de « frottement » en matière de flux, et notamment en ce qui concerne les flux de marchandise et de capitaux. En revanche, en ce qui concerne les flux « de personnes » la situation est à priori moins nette : avant de permettre les déplacements des individus le système capitaliste doit évaluer les bénéfices et les pertes de l’accueil de « certains types » d’individus. Les individus les mieux formés, dit « à haute valeur ajoutée », ont à peu près l’ensemble des pays ouverts tandis qu’à l’inverse les plus fragiles se retrouvent excluent d’à peu près partout. Lorsqu’une usine ferme en France pour ouvrir en Inde, les ouvriers français devraient accepter avec le sourire cette « nouvelle perspective de carrière ».

Cette position idéologique des classes dominantes en faveur de la mobilité est directement en lien avec leur mode de vie. En effet, la société capitaliste valorise, pour ceux qui en ont accès, l’accélération quotidienne des échanges et fait de la connexion permanente de chaque point de la Planète un marqueur de réussite sociale. L’imaginaire collectif est d’ailleurs fourni de « grands patrons » ou de « star du showbiz » passant la moitié de leurs vies dans des jets privés au dessus des océans. La classe dominante a compris que la clé de sa domination était dans la multiplicité des voyages d’affaires ou de loisirs. Par ailleurs, dès le plus jeune âge les enfants sont invités à réaliser de nombreux « voyages initiatiques », et plus tard, sont fortement incités à faire une partie de leurs études supérieures dans une école prestigieuse d’un pays étranger. Peut importe le moment de la vie de l’individu, il s’agit le plus souvent d’entretenir des relations entre les différents cercles de sociabilité, d’entretenir le fait d’être « une classe pour soi ».

Si cette mobilité apparaît pour la partie la plus aisée de la population, comme un moyen d’augmenter son capital social, culturel et donc économique, elle est pour la grande majorité subie et entraine une détérioration des conditions de vie. Le lieu de vie est plus qu’un simple lieu de résidence, c’est dans celui-ci que l’individu va se créer de multiples liens de sociabilité et de solidarité. Ces liens sont d’origines diverses : familiaux, amicaux, de voisinages, professionnels, mais fournissent un « bien social » et créé un sentiment d’identité lié au fait d’appartenir à un certain territoire. Les rixes entre les quartiers sont des preuves particulièrement tristes de ce constat pour les militants de gauches (qui aimeraient voir une solidarité de classe plutôt que des affrontements stériles). Si les classes supérieures ont des liens sociaux beaucoup plus déterritorialisés (en raison notamment de leur facilité économique de déplacement) ce n’est pas le cas des classes populaires. Parmi celles-ci, les personnes le plus précaires souffrent d’être condamnés au nomadisme forcé : foyer de travailleurs, hôtels miteux, squats, hébergements d’urgence, etc. La perte d’un domicile fixe entraine dans la plupart des cas un affaiblissement des relations sociales.

La relation entre mobilité et sédentarité n’est donc pas considérée de la même façon en fonction de sa classe sociale. Les dominants, qui ont intériorisés l’idée que le déplacement était source de réussite, ne comprenant pas cyniquement la réticence des travailleurs français à vouloir travailler en Inde pour un salaire ne dépassant pas les 2€ pour une journée. Mais leur mode de vie sous entend un accroissement sans limite des déplacements, contresens terrible avec l’objectif de réduction de la consommation d’énergie et de rejet de gaz à effet de serre. Dans une perspective écosocialiste nous devons réfléchir à des possibilités de garantir une forme de droit à la stabilité des individus. Il ne s’agit pas d’une forme « d’assignation à résidence » mais de développer des garanties à la proximité des lieux de travail et de résidence (via la relocalisation et le développement des circuits courts), de permettre l’accès pour tous à un logement de qualité à en limitant la ségrégation socio-spatiale mais également en soutenant une politique de transport public efficace pour que la mobilité ne soit plus subie mais choisie.

Ces différentes préconisations demandent une remise en cause globale du système capitaliste dominé par la logique du court terme, de la surconsommation et de la brièveté des relations sociales. A l’inverse un système écosocialiste doit permettre la garantie pour toutes et tous d’une vie stable, plus sobre et moins anxiogène, où l’abondance de liens remplace l’abondance de biens.


One Comment on “La « vie stable » comme élément d’un modèle écosocialiste”

  1. Mathieu dit :

    merci ! je suis à la recherche d’expériences visant à recréer du lien en milieu urbain. Genre les Système d’échange locaux…


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