La santé de proximité en mauvaise forme


_DSF1918

Parce qu’ils sont indispensables à la vie humaine et à l’émancipation personnelle, certains domaines devraient être particulièrement protégés des méfaits du capitalisme. Ce sont l’éducation, la santé, la sécurité, bref tous les domaines qui permettent la vie en communauté et le progrès humain. Mais le capitalisme est une machine infernale qui doit sans cesse trouver de nouvelles sources de profit pour ne pas s’écrouler sur lui même, et fini par transformer tout en marchandise. Or, en « marchandisant » des domaines relevant du « bien commun » le fossé se creuse entre les plus riches et les plus pauvres (qui ne peuvent pas se financer des services autrefois payés par la collectivité en fonction des ressources de chacun). En matière d’accès à la santé le schéma est tout à fait valable d’autant plus qu’il est un bon témoignage de l’absurdité du système. En effet, les microbes ne s’intéressant pas au contenu du portefeuille des individus, si les « pauvres » sont mal soignés c’est toute la société qui souffre, et même les riches.

Cette marchandisation de l’accès à la santé est un phénomène contemporain de la volonté politique de faire des économies dans les dépenses publiques. La mise en place par la droite de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) en 2007 puis la loi Hôpital, patients, santés et territoires, dite « loi Bachelot » en 2009, a porté le coup de grâce de cette politique plus que contestable. Cette conception valorise la création de Grands Pôles hospitaliers dans lesquels sont centralisés de nombreux services, et incite fortement la fermeture des petites structures considérées comme « non rentable » malgré leur ancrage local important. La rentabilité devient un objectif en soi à la place de la question du bien être. Or à ce jeux là, les grands « supermarchés » de soins sont les plus armés pour résister à la concurrence entre les établissements, concurrence entretenue volontairement par les pouvoirs publics qui y voient, dans leur cécité libérale, un moyen de tirer « le meilleur » d’une gestion entrepreneuriale des établissements hospitaliers.

Mais les petites structures « non rentables » ont, ou avaient, un ancrage local, que les gros hôpitaux à parking géant n’ont plus. Une structure médicale intégrée à un territoire particulier est plus à même de réaliser sa mission de service public d’accueillir les personnes les plus fragiles qui n’ont pas forcément accès à la médecine libérale (quand elle existe) et qui peuvent être vite découragées de devoir faire des dizaines de kilomètres pour se rendre au centre de santé le plus proche (en particulier pour les personnes qui ne possèdent pas de véhicule individuel ou à faible mobilité). Le désengagement de l’Etat dans le financement des hôpitaux et dans les remboursements des traitements peut avoir des conséquences sanitaires et sociales catastrophiques. Le retour en Grèce, de maladies que l’on pensait éradiquées sur le « vieux continent » (comme la malaria) doit nous alerter sur les conséquences des plans d’austérité.

En plus du désengagement financier public la médecine libérale privée connaît de nombreux disfonctionnements. En terme de répartition géographique nous pouvons observer une surreprésentation de médecins dans certaines zones (et notamment à l’Assemblée Nationale) tandis que d’autres sont de véritables « déserts médicaux », selon l’expression consacrée. Les régions qui souffrent d’un manque d’offre publique souffrent de la même manière de l’absence d’une offre privée, le capitalisme et « le marché » ne s’intéressant pas aux territoires où les économies d’échelles ne sont pas possibles, c’est à dire où il ne serait pas assez rentable de s’installer. Cette logique marchande est dangereuse car elle s’ajoute souvent à d’autres éléments (fermeture de bureau de poste, d’école, etc.) qui contribuent à faire de certains espaces des espaces laissés à l’abandon, n’étant pas considéré comme étant dignes d’intérêt à la compétition territoriale.

Une politique publique ambitieuse en matière de santé pour les territoires doit passer par la garantie pour chaque « bassin de vie » de posséder son propre hôpital afin d’éviter les drames liés aux temps de transport. Ces hôpitaux doivent être le plus généraliste possible et avoir un maximum de disciplines : nous ne devons pas nous poser la question de la rentabilité mais de la santé des citoyens. La garantie pour les femmes de pouvoir librement disposer de leur corps passe en particulier par la création ou le maintien de « centres IVG » et de maternités. Une politique efficace suppose également de mettre fin au numérus clausus qui crée une rareté injustifiée et augmenter le nombre de diplômés (sans remettre en cause la qualité du diplôme). Comme les zones rurales, les quartiers populaires demandent des attentions particulières et les collectivités territoriales peuvent créer des centres de santés municipaux afin de garantir un accès à toutes et tous à une médecine de proximité. Ces quelques points montrent qu’il existe des solutions pour améliorer notre système de santé, à condition d’avoir le courage d’affronter la finance et de puissants lobbys, ce que le gouvernement actuel ne semble pas, malheureusement, décidé à faire.



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s