Pourquoi j’ai adhéré au Parti de Gauche ?


A l’occasion de la grande journée nationale d’adhésion prévue samedi 27 octobre 2012, je vais revenir ici sur les raisons qui m’ont poussées à adhérer au Parti de Gauche, en espérant que ça donne l’envie aux réticents de franchir le pas. Avant toute chose, je tiens à signaler que c’est le premier parti politique auquel j’ai adhéré, mon expérience ne pourra donc pas s’appuyer sur des éléments de comparaisons avec d’autres partis.

Après quelques « errances » militantes diverses, j’ai décidé au moment de la mobilisation contre la réforme Fillon des retraites en 2010, d’adhérer à un parti politique. A ce moment là j’ai dépassé une idée qui me trottait dans la tête depuis  quelques années : celle que les partis politiques n’avaient finalement que peu de capacité d’action, et que le dépassement du mode de production capitaliste ne pouvait se faire que par des mobilisations sociales de travailleurs. Autant dire, ce n’était pas pour tout de suite. Après « l’échec » des mobilisations contre la réforme des retraites je me suis convaincu qu’il me devait de faire quelque chose en me rendant compte qu’attendre l’écroulement du système capitaliste financier, aussi injuste qu’il soit, se révélait être finalement une position individuelle de passivité et de facilité. D’autant plus qu’au fond de moi je déplorais fréquemment de ne pas voir la gauche « anti-libérale » s’allier sur un projet commun.

En adhérant au Parti de Gauche j’ai avant tout adhéré à une démarche collective novatrice venant faire taire des années d’émiettement : celle du Front de Gauche, avec comme idée sous-jacente que le parti n’est qu’un instrument au service d’un objectif politique global : construire la Révolution citoyenne. Considérer le parti comme un simple outil nous permet de faire taire les critiques qui considèrent les femmes et les hommes politiques au services d’abord de leurs intérêts, puis de leurs intérêts de « chapèle », puis enfin, s’il reste un peu de temps libre, au service de l’intérêt général. C’est aussi pour cette raison que le Parti de Gauche n’est pas un parti de notables ou de « bon » gestionnaires comme peut l’être le Parti socialiste, mais un parti de militants mettant en avant l’action collective sur le terrain et la réflexion programmatique constante. Dans cette conception, les élus du PG sont des militants « comme les autres » à l’exception près qu’ils ont une responsabilité particulière : celle de faire « la gauche par exemple », c’est à dire démontrer qu’il est possible de faire, à n’importe quelle échelle d’intervention, différemment de ce qui est appliqué par les libéraux et les socio-libéraux.

L’aspect du Parti de Gauche qui a été pour moi déterminant dans mon adhésion et celui de la centralité de l’éducation populaire. Face à la puissance médiatique de « l’idéologie dominante » libérale il ne suffit pas de lancer des slogans creux, écrits par des agences de communication, qui de toutes façons ne trouvent jamais de traduction concrètes (le « changement » ne viendra finalement pas), mais de chercher sans cesse à élever le niveau de conscience collective. Et avec le temps, je me rend compte que je ne me suis pas trompé : il suffisait de voir comment Jean-Luc Mélenchon cherchait à démontrer et expliquer dans les meetings de campagne de l’élection présidentielle, sans jamais tomber dans la facilité ou la caricature. Cette démarche de « conscientisation des masses » est primordiale et c’est pour cela que, nous, militant de l’autre gauche, nous devons veiller à partager le même langage, les mêmes références, afin de faire contrepoids au discours libéral. Or adhérer à un parti politique comme le Parti de Gauche permet cette cohérence de langage.

De plus, si j’ai décidé d’adhérer au Parti de Gauche plutôt qu’à une autre organisation membre du Front de Gauche, c’est pour sa conception républicaine intransigeante : intransigeante sur les libertés fondamentales des femmes et des hommes, intransigeantes sur l’égalité car il est inacceptables de voir les écarts de richesses se creuser à mesure que le pays devient plus riche, et enfin intransigeante sur la laïcité, fondement de notre capacité de libre arbitre. En mettant en avant l’intérêt général humain la conception républicaine du Parti de Gauche est profondément écologiste et socialiste. Les militants, venus de nombreux horizons politiques, qui nous rejoignent chaque jour contribuent à cette diversité de pensées qui finie par former ce que l’on nomme un « parti creuset ». Car appartenir à un parti politique comme le PG c’est aussi appartenir à un collectif divers mais solidaire, avec des camarades qui deviennent des amis, des amis qui deviennent des camarades, et des individus qui pensent à l’intérêt général avant de penser à leur carrière. Sinon a quoi bon lutter contre les requins de la finance si c’est pour retrouver des requins dans son parti politique ?

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10 commentaires on “Pourquoi j’ai adhéré au Parti de Gauche ?”

  1. corOllule dit :

    C’est une vision tout à fait idyllique sans grand rapport avec le terrain, notamment en province. Je ne me suis pas fait que des amis dans mon comité, loin de là, entre autres du fait de nombreux membres qui ne voient là qu’une occasion de faire carrière au travers de chaque échéance électorale, et rien de plus. Des gens tout à fait médiocres qui s’autoproclament militants sur la base de quelques promenades dans l’année sur les marchés.

    Mais mon cas n’est pas isolé. Plusieurs comités souffrent d’un fonctionnement tout à fait antidémocratique dans l’indifférence générale du bureau national. Contrairement à ce que tu affirmes, au sein du PG le langage est très loin d’être partagé partout comme il devrait l’être. Ne serait-ce que la seule compréhension des statuts du parti et de son organisation.

    Enfin il est facile de se déclarer écologiste en défendant l’intérêt général. C’est de loin nettement insuffisant.

    • Les problèmes que tu décris sont finalement des problèmes que l’on peut rencontrer dans la totalité des organisations humaines quel qu’elles soient (entreprises, associations, collectivité territoriale, État …) et relèvent, à mon sens (mais je peux me tromper), de problème d’organisation (« l’indifférence du Bureau national » est peu être un manque de temps) qui peut exacerbé par le fait que le PG soit un parti encore jeune avec des statuts qui méritent d’être améliorés (on est d’accord), et des problèmes de « personnes », mais comme on dit « il y a des … partout ». Il est même probable que ces personnes se soient trompés de parti … Des problèmes de ce genre il y en a partout, et il y en aura toujours, à nous de chercher à améliorer le parti pour viser le « parti que nous voulons ».

  2. corOllule dit :

    Tu contredis ton billet et confirmes donc que le PG n’a rien d’exceptionnel, mais s’aligne sur toutes les autres organisations qui souffrent des mêmes carences. Alors pourquoi y adhérer ?

    Est-ce militer que d’attendre durant des mois de recevoir dans sa boîte e-mail la date de la prochaine AG où le 10è des membres feront l’effort de se rendre ? Est-ce acceptable que des militants actifs soient la cible d’un harcèlement moral constant à la moindre de leur initiative ? Est-ce être écologiste quand on ne met déjà pas en application les principes de base de l’action qu’elle suppose individuellement ?

    Pour ma part, ce parti, tout premier auquel j’ai adhéré, ne m’offre aucun outil, aucune réponse, et trahit son incohérence. J’y ai perdu beaucoup d’argent, d’énergie et d’enthousiasme dans le vide. Désormais je me sens plus utile quand je plante des graines de maïs Bio dans les talus.

    • Je ne contredis rien, je dis qu’il est possible qu’il y ai des problèmes d’organisation et de personnes qui doivent être (et seront) améliorés ! Mais libre à toi d’adopter une stratégie individuelle de lutte surement très efficace. Pour ma part, je préfère jouer collectif, ne pas me braquer à la première contradiction et toujours chercher à améliorer ce à quoi je crois !

  3. corOllule dit :

    Solution de facilité. C’est plus commode de parier sur le collectif et un hypothétique grand soir que de s’engager personnellement et concrètement. Quant à l’efficacité, il est à démontrer effectivement si préserver une espèce vivante est plus utile que de discuter pendant deux jours des mots qui constituent un texte.

    • Romain JAMMES dit :

      corOllule,

      Comme dans toute organisation nationale il y a des endroits où cela se passe mal. Heureusement ton cas est très largement isolé. Je n’ai jamais vu de blocage démocratique, de harcèlement ou quoi que ce soit qui en ressemble dans le PG. Pourtant je connais un sacré paquet de comités et de militants, et beaucoup qui peuvent être critiques par rapport à la direction et certains choix de fait.

      Il faut savoir accepter qu’il y a des contraintes dans l’organisation collective. Que les structurent ne permettent pas à ce que quand on a une bonne idée, ce soit discuté le lendemain en SN. C’est la vie, il faut de la patience, des convictions et ne pas prendre les épreuves pour des obstacles.

      Ce parti a trouvé une forme d’organisation que j’aime beaucoup. Quand on est motivé, qu’on a des idées et qu’on veut militer, tout nous encourage à aller plus loin. La direction nationale n’est pas une sphère intouchable inaccessible mais est particulièrement accessible. Parfois plus que des dirigeants locaux. C’est un bon compromis entre une formule centralisée qui permet d’être efficace dans l’action et une formule plus souple et plus horizontale pour être à l’écoute des militants.

      Après je ne dis pas qu’il n’y a rien a améliorer. Mais c’est de loin le parti qui se préoccupe le plus de son mode de fonctionnement.

  4. corOllule dit :

    C’est con, j’ai vraiment pas eu de bol alors… Mais c’est marrant, en parlant avec des militants de normandie, de picardie ou d’aquitaine, au hasard des rencontres, mon problème semblait plus courant que tu ne le sous-entend. Les membres du national sont vachement accessibles? Il semblerait qu’ils ignorent l’utilisation du bouton « répondre » dans leur boîte e-mail, dans ce cas.

    Viens discuter avec le nouveau comité du coin, tu verras s’il n’y a pas des histoires de harcèlement et de blocage démocratique au PG. C’est ce qui a motivé la scission de ses fondateurs. Nous aurions beaucoup aimé avoir un soutien du reste.

    Ce petit ton moralisateur ne me scie guère. Vingt ans nous séparent, camarade, et je sais ce que la vie impose comme contraintes. Je n’ai pas adhéré au PG comme on croit au père noël. Je sais faire la différence entre la patience nécessaire à la construction de toute chose et une perte en palabres dans le vide sidéral, quand ce n’est pas des manoeuvres d’empêchement, de découragement et de dénigrement.

  5. Arag dit :

    CorOllule,

    Je ne veux pas évincer ton témoignage que tu tiens, sans doute, de ton expérience personnelle mais dire que la situation à laquelle tu as malheuresement été confronté est quasiment la règle au sein du PG est une absurdité sans nom.

    Je partage largement le point de vue de Romain, notamment ceci : « Quand on est motivé, qu’on a des idées et qu’on veut militer, tout nous encourage à aller plus loin. »
    Je me permets d’insister sur l’ouverture du PG aux idées, aux débats, à la remise en question de son mode de fonctionnement et de ses moyens de coordination et d’action au plus bas de l’échelon local. Un jeune militant, un sympathisant même, fort de propositions innovantes ou appuyant un semblable dans une démarche créative peut rapidement jouer un rôle au sein de ce parti. Et même sans cela, son positionnement est pris en compte.

    Cela sans révolutionner, bien sûr, la structure interne, mais quel intérêt trouverait-il à cela puisque c’est elle qui lui permet de réaliser pleinement ses aspirations et projets politiques ?

    La structure et le mode de fonctionnement du PG sont loin d’être inacceptables, surtout lorsqu’on regarde ce qu’ils se passent ailleurs !

    La structure interne horizontale est encore en construction, elle se perfectionne.

    Bien entendu, il faut avoir du temps à consacrer et être en nombre assez conséquent localement, comme partout.
    Si ton expérience s’est soldée par un échec relatif, ne serait-ce pas simplement par manque de moyens humains (trop peu de militants et sympathisants actifs disponibles) ou de coordination locale ? Je ne comprends pas vraiment comment tout cela a pu t’arriver, cas isolé.

    Quelle(s) action(s) aurais-tu aimé lancer ? Est-ce trop tard ?

    Personnellement, je sens et vis cette ferveur qui se concrétise progressivement et puissamment au sein du PG.
    Quand je fais le bilan de ma récente adhésion, j’ai énormément de mal à croire en ta bonne foi. Je n’aurais jamais imaginé qu’un parti politique soit autant démocratique et je suis l’un des nombreux militants à en bénéficier au quotidien.

    Concernant l’écologie, tu peux lire le 16 pages accessible sur ce blog pour constater que notre combat ne se limite pas à affirmer « l’intérêt général » mais je ne pense pas que l’on va, ici, partir sur le fond.
    Tu as l’air tellement rancunier vis-à-vis du parti que je ne t’invite même pas, par respect, à te joindre à l’une de nos actions, mais si le coeur t’en dit…

  6. corOllule dit :

    Je n’oblige personne à me croire, peu importe. Et je ne crois pas être un cas isolé quand j’entends à la tribune au CN de juin une déléguée venir appeler au secours en évoquant des problèmes très ressemblants avec ce que j’ai rencontré.

    Etant adhérente depuis quelques mois seulement, mon expérience est anecdotique au regard de ce qu’ont subi le chargé de la communication, son amie, la trésorière adjointe et le chargé des actions militantes de mon comité qui finissaient par déserter les AG. Ces dernières frôlaient systématiquement le pugilat. La seule alternative était de créer un autre comité, ce qui a été rude mais effectif début octobre. Mais voyant le contexte local dans lequel celui-ci sera toujours contraint d’évoluer, et parce-que faire de la politique ne signifie pas passer son temps à se battre contre certains de son propre camp, j’ai personnellement jeté l’éponge.

    Je ne nie pas la large place qui est faîte à ceux qui ont de l’énergie et des idées au PG. J’en faisais partie et j’ai dès le mois de janvier pu sans problème agir pleinement à différentes choses en fonction de mes envies et en profitant de la structure du parti. Mais localement la situation s’est avérée tout à fait moisie, si je puis dire. Jusqu’à ce que je suspende la gestion du blog que j’avais créé pour notre candidat aux législatives en pleine campagne. Soutenue spontanément par les copains cités ci-dessus que je connaissais pourtant à peine, voire pas du tout, nous nous sommes réunis et nous avons décidé de signaler notre disponibilité à Coquerel et Dumond pour collectivement nous en expliquer. Aucune réponse. C’était pourtant l’occasion pour crever les abcès avec l’aide d’un médiateur externe.

    Je n’ai jamais dit que le PG fonctionnait partout comme ça, mais comparé au tableau décrit dans ce billet, il y a des nuances à apporter.


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