La jeunesse, principale victime du coût du logement


Cette rentrée est encore une fois marquée par la paupérisation globale de la jeunesse. Celle-ci n’épargne guère que les enfants issus de milieux très favorisés. Des jeunes travailleurs-ses, jusqu’aux étudiant-e-s « surdiplômé-e-s », l’ensemble de cette classe d’âge si particulière, n’a, comme unique perspective, que celle d’une « galère » qui s’amplifie d’année en année. Or, comme pour beaucoup de ménages fragilisés par l’impitoyable système capitaliste, la hausse du cout du logement ampute de plus en plus les budgets des jeunes. Ces budgets se réduisant d’autant plus que le travail s’éloigne et/ou devient de plus en plus précaire pendant que les aides diverses se réduisent et les prix des produits de premières nécessités augmentent.

Plusieurs raisons, spécifiques à la jeunesse, expliquent cette fragilité vis à vis du logement. Ce sont notamment : la démocratisation de l’enseignement supérieur qui a augmenté (et c’est tant mieux !) le nombre d’étudiants, les changements fréquents d’activités (entre périodes d’emplois, d’études, de stages … ), la décohabitation familiale de plus en plus tardive et l’allongement du temps avant constitution d’un couple. De plus les difficultés d’accès à l’emploi, plus de 17% des actifs de moins de 29 ans sont au chômage contre environ 8% pour les 30-39 ans, contribuent à empêcher l’autonomisation des jeunes.  Ces causes mises bout à bout, complétées par celle de l’augmentation constante, depuis de nombreuses années du cout du logement, ont comme conséquence d’assombrir l’horizon d’une amélioration des conditions de vie de la jeunesse, étudiante comme travailleuse.

Il est donc, concrètement, pour les jeunes, de plus en plus difficile de se loger de manière indépendante de du foyer parental. En effet, lors de l’entrée dans la vie active, le statut de locataire apparaît comme l’unique possibilité de se loger. Or cette « tranche de la population » est fortement touchée par le manque de logements, d’abord en raison de l’offre chétive de « petits logements » (de moins de deux pièces) mais encore par une certaine forme de discrimination de la part des propriétaires bailleurs. Bien conscient de la situation de précarité créée par le libéralisme et dans laquelle la jeunesse a été jetée, les bailleurs augmentent leurs exigences en matière de garantie à fournir à la location à un point tel que celles-ci apparaissent totalement inenvisageables pour les moins fortunés, ainsi que pour ceux qui ne peuvent pas s’appuyer sur l’aide de leurs parents. De la même manière, ceux disposant d’un emploi et d’un revenu stable, et qui pourrait prétendre à l’accès à la propriété, se la voit de plus en plus refuser en raison du durcissement des conditions d’accès aux crédits bancaires et de la hausse des taux d’intérêts.

Si les aides aux logements existent, l’APL (Aide personnalisée au logement) notamment, celles-ci sont insuffisantes pour enrayer la hausse des loyers. Dans certaines zones particulièrement tendues elles peuvent même contribuer à la spéculation immobilière. En effet, les propriétaires finissent par prendre en compte ce « supplément de revenu » et le répercutent aussitôt sur les prix. Les mesures prisent pendant les vacances par la ministre du logement, visant à bloquer les hausses de loyers, ou autorisant l’Etat à céder certains de ses terrains, sont une avancée beaucoup trop faible en raison du contexte catastrophique. Les actions politiques doivent être beaucoup plus virulente, à la fois pour obliger les propriétaires de biens immobiliers, via une loi de réquisition des logements vides, à les mettre sur le marché de la location, mais aussi en mettant en œuvre un programme conséquent de construction de logements sociaux de qualités et diversifiés. Aujourd’hui par exemple, les logements publics du CROUS ne logent qu’à peine 8% de l’ensemble des étudiants.

Réclamer l’accès à l’autonomie pour les jeunes n’est pas une lubie mais une véritable nécessité sociétale. C’est celle-ci qui permet à l’individu-e de construire sa personnalité, de choisir la vie qu’il-elle veut mener, et s’extirper des pressions sociales que peuvent exercer les groupes sociaux (familiaux notamment) les plus réactionnaires (particulièrement sur les choix sexuels). Par ailleurs, dans un monde de plus en plus « cosmopolite », et dans lequel le libéralisme impose de plus en plus de contraintes aux travailleurs, l’accès au logement permet de favoriser la mobilité des jeunes. Alors que l’offre de travail s’amenuise, pouvoir quitter le domicile parental apparaît souvent comme un préalable nécessaire à l’employabilité. Enfin, il est à noter que les inégalités ont tendance à se creuser entre quelques privilégiés, aidés par leurs parents, qui peuvent se permettre de loger là où ils le souhaitent et de suivre des études supérieures, sans avoir besoin de s’assurer des revenus personnels, et une masse de plus en plus grandes de jeunes laissés-pour-compte.

Aujourd’hui une véritable politique audacieuse en faveur du logement est nécessaire. La situation est trop grave pour se contenter de grand discours. Les phrases doivent laisser place à l’action, contre la spéculation et pour la construction massive de logements. La jeunesse possède une force de transformation sociale sans égale, elle est par exemple la plus utilisatrice de « façon d’habiter » collaboratrice, telle que la colocation. Elle est donc la mieux à même d’inventer les bases de l’habitat de demain, qui devra être assurément plus solidaire.



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s