Aménager c’est planifier !


Dans le palmarès des concepts politiques les plus mal compris et interprétés, celui de « planification » occupe une place centrale. Il n’y a qu’à voir les réactions des libéraux, pendant la campagne présidentielle, à la proposition du Front de gauche de planification écologique pour s’en rendre compte. En effet, nous avons été taxé plus d’une fois de « soviétique »,  de manière idiote et inculte, par la droite et l’extrême droite, mais également par les membres du parti dit « socialiste » et d’Europe dit « écologie » – les verts (qui pourtant, quelques mois plus tôt, avaient voté la proposition de loi en faveur de la planification écologique à l’Assemblée nationale, allez comprendre …). Si le concept de planification donne des boutons aux penseurs de l’économie (socio)libérale, c’est qu’ils considèrent le Marché comme horizon indépassable de l’action politique. Pour eux, il ne peut pas y avoir d’interventions d’autres acteurs que les offreurs et les demandeurs à un instant T, et tant pis si, dans ces conditions, seul le court terme a son mot à dire. Car c’est bien ça dont il est question lorsque l’on parle de planification : la prise en compte du temps long, le temps à l’échelle de la planète et des humain-e-s. De plus, l’argument taxant les partisans de la planification de militants au service de l’URSS, ne tient pas une seconde : la planification est partout et notamment dans les entreprises. Dans ces dernières les dirigeants se fixent des objectifs à différentes temporalités (court, moyen et long termes), exactement de la même manière que les états, il y a quelques dizaines d’années.

Mais c’est bien au niveau de l’aménagement du territoire que l’action de planifier est fondamentale. Dans ce cadre chaque acte et/ou construction relève du long terme, avec des objectifs qui dépassent souvent le demi-siècle voire bien davantage. Dans ces conditions le « marché libre et non faussé » se révèle bien incapable de produire un urbanisme cohérent et durable. Nous en avons la traduction physique visible avec l’étalement urbain, souvent produit à partir de potentialités foncières incontrôlées.

En aménagement du territoire, il y a de nombreux domaines où l’on ne peut pas se passer de planification. Dans la construction de logements par exemple où, d’autant plus dans un contexte de forte tension comme nous le connaissons aujourd’hui, il faut chercher à prévoir les besoins futurs en fonction de nombreux paramètres comme la croissance démographique, l’attraction de la commune et le desserrement des ménages (nombre de personnes par ménage qui diminue en raison de comportements sociétaux particuliers telles que les décohabitations). Ces différents paramètres nous permettent de construire des scénarios politiques pour définir le nombre de constructions futures et le type de logements à construire. En matière de politique de transport, la planification est aussi fondamentale car, seulement elle, permet de prendre en compte la crise écologique et l’affaiblissement des ressources en énergies fossiles, dont les villes dépendent, pour mettre en place une politique de transport public écologique. Enfin, planifier sur le long terme permet également de prévoir un nombre suffisant d’équipements et espaces publics et lutter contre la transformation des villes et des quartiers en dortoirs géants, anxiogènes et affaiblissant les sentiments de solidarités pourtant nécessaires à la société humaine.

Mais planifier c’est également fixer un cadre politique à l’aménagement, car laisser faire le marché c’est laisser le hasard et la spéculation décider à la place de la population. Or, c’est le citoyen qui doit être le seul décideur du futur de sa ville car lui seul peut agir en faveur de l’intérêt général. Faire du citoyen le maitre à bord des politiques d’aménagement c’est aussi palier à une défaillance du système politique représentatif qui fait que le temps électif, c’est-à-dire celui du mandat de l’élu, n’est pas forcément compatible avec celui du long terme urbanistique. Trop souvent les élus locaux ont tendance à être frileux vis-à-vis de l’action politique de peur de froisser leur électoral. Et ceci est particulièrement vrai dans les petites communes en matière de construction de logements (sociaux ou non). Si interdire le cumul des mandats dans le temps est le début d’une solution, l’aboutissement ne pourra se faire qu’à partir du moment où le peuple prendra le pouvoir directement. A l’échelle du quartier, de la commune ou de l’intercommunalité cela peut se faire notamment en généralisant des outils tels que le referendum local ou avec des conseils ayant un véritable rôle de décision. Il s’agit d’ouvrir de nouvelles portes en matière de démocratie locale tout en globalisant les questionnements (car n’oublions pas que la quasi-totalité des questions locales relèvent de problématiques nationales voire internationales).

La prise en compte du temps long en matière d’aménagement ne pourra se faire que si le peuple s’approprie ces questions. Or cela nécessite une population plus éduquée politiquement et cela nous renvoie encore une fois à l’impératif d’éducation populaire.



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