L’agriculture urbaine, consommer et produire en ville.


Très souvent les villes, et particulièrement dans les banlieues périurbaines, s’étendent d’une façon anti-écologique en détruisant des terres agricoles ou naturelles. C’est pourquoi il est généralement admis que c’est la ville en elle-même la cause du problème. Or c’est plutôt un mode d’aménagement du territoire conduit par le « marché libre », qui pose problème. Dans un processus de planification écologique il est nécessaire de repenser celui-ci en favorisant l’environnement et l’humain à l’opposé du désordre libéral. L’agriculture urbaine qui se développe, pour l’instant, majoritairement outre-Atlantique et dont je vais parler ici, relève de cette logique.

Commençons d’abord par nous poser la question de savoir qui peuvent bien être ces fermiers urbains. Le plus souvent ce sont des bénévoles, des gens passionnés par la culture de la terre, qui vont dans un premier temps décider de cultiver des espaces mis à disposition par les collectivités ou prêtés par des propriétaires privés, pour ensuite partager les fruits de cette récolte mais aussi du savoir concret ! La forme d’agriculture urbaine la plus célèbre est celle des jardins partagés qui se développent doucement mais surement, et souvent aux pieds des ensembles d’habitat social. Elle concerne, pour l’instant, majoritairement des « petites productions » et notamment des maraichages et des arbres fruitiers pour la simple et bonne raison que ce sont des cultures qui ne demandent que très peu d’espace.

Les objectifs de l’agriculture urbaine sont variés. Le premier est de faire de celle-ci un espace d’éducation dans le but d’améliorer les connaissances des individus en ce qui concerne les produits de la terre et d’apprendre à se réapproprier nos façons de consommer pour consommer autrement. Alors que la mondialisation capitaliste nous a appris à avoir tout type de produit à n’importe quel moment de l’année avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et le climat, éduquer les populations à l’agriculture est un moyen de comprendre l’importance du respect des saisons et connaitre les productions locales d’une région. C’est une manière de (ré)éduquer les urbains à des savoirs ancestraux qui ont pour beaucoup été perdus. Le deuxième objectif de l’agriculture urbaine est un objectif social. Celle-ci permet d’organiser la solidarité sur un territoire et de créer du lien social. Il est même possible de mettre en place des mesures de « réinsertions sociales » pour de nombreuses personnes désocialisées comme certains chômeurs de « longue durée » par exemple.

Mais l’agriculture urbaine est aussi un moyen de modifier les comportements de consommation. De nombreuses associations organisent des ventes à bas prix voire des distributions gratuites pour les individus aux revenus les plus modestes. Il est même possible dans certains cas, pour les individus qui le souhaitent, de venir se servir à sa guise. C’est aussi un moyen de créer des circuits courts et de favoriser la coopération entre les acteurs locaux. L’ambition est de relocaliser la production alimentaire et de rendre les communautés locales autosuffisantes, ou si ce n’est pas possible, de s’approcher de celle-ci. L’idée globale est de produire à proximité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports.

Si en France les initiatives en matière d’agriculture urbaine restent encore trop timides, les expériences menées aux Etats-Unis, en particulier dans la ville de Détroit, ville qui connait un très fort taux de chômage et de pauvreté et qui a de nombreux terrains abandonnés, me permettent de penser que c’est une des solutions à la crise écologique. Il est en revanche nécessaire de penser l’agriculture urbaine dans un processus de planification écologique, celle-ci étant nécessaire pour l’encadrer démocratiquement. Elle est notamment fondamentale pour s’assurer d’une meilleure répartition des activités afin de garantir que les terres cultivables restent nombreuses en villes. Penser une production agricole plus proche des gens est un moyen de dépasser le productivisme qui a des conséquences graves sur l’ensemble des pays de la planète (et en particulier chez les moins biens armés pour lutter contre les injonctions du FMI et de l’OMC).


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