L’Opéra au milieu des HLM


PS : Suite à un dossier réalisé sur l’Opéra de Massy (91) dans le cadre des mes études universitaires, j’ai pensé qu’il serait intéressant de faire ici, l’énoncé des différentes conclusions que j’ai pu en tirer.

Tout d’abord, et personne ne peut dire le contraire, l’Opéra et l’art lyrique en général est une pratique culturelle très marquée par des codes sociaux spécifiques : c’est selon moi la forme la plus élitiste d’art. Elle a été réservée dans un premier temps à l’aristocratie puis reprise petit à petit pour la bourgeoisie qui, comme dans beaucoup d’autres éléments, a copié les codes sociaux de la première.

Mais depuis longtemps il existe un objectif de démocratisation culturelle de cette forme d’art. Sous l’ancien régime le peuple était invité, pour des occasions spéciales, religieuses notamment, à venir contempler la « grandeur du monarque » lors de spectacles fastueux. Le but ici n’est pas d’éduquer les individus mais simplement de « donner à voir ». En revanche, durant la 2ème République, c’est cette fonction d’éducation populaire des masses qui va prédominer dans la tête des dirigeants qui vont ouvrir les Opéras au tout venant, mais toujours pour des évènements précis. Plus récemment, après la 2nde Guerre Mondiale, c’est André Malraux, dans l’intention de « rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité », qui va mettre en œuvre des politiques publiques en faveur de la démocratisation culturelle. Il initiera les mouvements de construction « d’Opéra populaire » dont le plus connu est l’Opéra Bastille et dont le parvis, nous en avons fait l’expérience, peut recevoir des grands rassemblements populaires. L’Opéra de Massy est inauguré pour sa part en 1993.

Les enjeux évidents de la démocratisation culturelle sont de lutter contre les inégalités culturelles entre les classes sociales, à la fois en subventionnant les spectacles pour faire baisser les tarifs mais aussi en favorisant une situation géographique plus avenante. L’Opéra de Massy étant situé au milieu d’un quartier populaire, cela limite les violences symboliques que subiraient les habitants s’ils désiraient se rendre dans un « Grand Opéra » à Paris, L’Opéra Garnier notamment. Une politique de démocratisation culturelle « efficace » doit s’appuyer aussi sur la jeunesse, via des partenariats avec les écoles et via une éducation à la culture. Le but ici est d’essayer d’effacer les inégalités de naissances en matière de capital culturel et de développer des sensibilités artistiques chez les jeunes.

Néanmoins, pour l’Opéra de Massy, comme pour les autres opéras populaires, les résultats en matière de démocratisation sont contrastés. Même si les prix sont moins élevés qu’ailleurs (un peu plus de 50€ pour une pièce classique) nous ne pouvons pas observer d’augmentation réelle de la fréquentation de la part des classes populaires. Cela s’explique par plusieurs raisons, les deux plus importantes étant le décalage entre les codes des milieux populaires et les codes bourgeois de fréquentation de l’Opéra. Cette distance culturelle étant renforcée par la barrière financière. En effet, malgré la gratuité de l’entrée pour les moins de 12 ans une famille nombreuse aux revenus modestes ne peut pas se permettre de s’offrir un spectacle qui risque d’être mal compris. Pendant la 2ème République, le peuple revendait les billets à prix réduit aux bourgeois, la situation n’a pas beaucoup évoluée. En revanche l’installation d’un opéra au cœur d’un quartier populaire permet de créer de la mixité fonctionnelle sur un territoire et attire des populations qui ne vivent pas sur le quartier et, par la même occasion, modifie l’image de celui-ci. Enfin, en divertissant l’offre de spectacle proposé dans le même bâtiment, en passant de la démocratisation à la « démocratie culturelle », les administrateurs prennent le pari que la curiosité des visiteurs les pousse vers des œuvres plus « nobles ». C’est loin d’être vérifié concrètement.

Finalement nous devons nous poser la question de savoir à qui profite vraiment les politiques de démocratisation culturelle en matière d’art lyrique. Nous pouvons voir que c’est une manière pour la bourgeoisie d’imposer ses propres codes en matière culturelle. En effet, mettre en place une politique de démocratisation culturelle a aussi pour objectif de légitimer l’action publique en la matière car celle-ci contribue à maintenir la domination de l’art bourgeois. Parler de démocratisation culturelle est un moyen de justifier la dépendance de l’Opéra vis à vis de l’Etat et des collectivités territoriales qui compensent une baisse globale des recettes et une augmentation des coûts de productions. C’est aussi une manière pour la classe dominante de préserver son patrimoine sans avoir à s’en assurer financièrement.

Néanmoins la démocratisation culturelle est un objectif noble et légitime car la culture libre et populaire peut être une source de résistance face au développement d’une culture marchande et libérale qui se préoccupe avant tout de profit à court terme et pour qui l’objet culturel n’a que très peu d’importance. La démocratisation culturelle doit favoriser la transmission culturelle entre les individus et entre les générations dans l’objectif de réaliser l’émancipation individuelle des citoyens, émancipation qui profitera à la société toute entière.



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