Vers une conception urbaine plus humaine ?


Se questionner sur la forme urbaine peut sembler à première vue une préoccupation de techniciens, ceux-ci bien souvent trop éloignés des réalités concrètes vécues par les habitants des quartiers conçus de toutes pièces. Qui ne s’est jamais dit que telle réalisation architecturale ou urbanistique n’est pas faite pour que des femmes et des hommes puissent y vivre de manière correcte. Si ces réalisations peuvent être réussies sur le plan esthétique elles peuvent en revanche être un cauchemar pour les habitants. L’urbaniste ou l’architecte ne doivent plus se considérer sur un nuage déconnecté de la réalité, où seul importe de pouvoir briller dans l’entre-soi des salons, mais prendre en compte les préoccupations habitantes dans les débats qui concernent la création de la « ville que nous voulons ».

Il faut en effet sortir d’un mode de conception où l’esthétisme a une valeur prépondérante sur tous les autres éléments. Rien ne sert de s’extasier sur des dessins fastueux agrémentés de silhouettes humaines impersonnelles et artificielles, plus proche du cliché de la vie occidentale fantasmée que de l’exactitude de la population locale, si c’est pour créer un territoire anxiogène. Si ces silhouettes ont normalement la mission de rendre l’espace (encore) virtuel plus vivant, l’effet produit est inverse : on sent le quartier habité par des spectres.

Si on cherche à ajouter du vivant à un projet urbanistique ou architectural qui ne l’est pas,  c’est le contraire que le bon sens voudrait que l’on fasse. Nous ne devons pas oublier que les premiers acteurs de la construction d’un quartier sont les habitants et les travailleurs. Ce sont les femmes et les hommes qui, respectant ou non la fonction imaginée par le concepteur d’un espace, qui vont choisir comment celui-ci va leur servir dans la vie quotidienne. A l’inverse une conception plus « sociale » de la ville doit se faire en prenant en compte les modes de vie des populations concernées. De plus, cela permettra, en anticipant les transformations liées aux usages, de concevoir des quartiers et des équipements durables. Comme en science économique, la théorie classique ne fonctionnant pas car basée sur des théories modélisées erronées, la conception urbanistique ne doit pas se faire selon des modélisations simplistes mais en partant de la réalité, du vécu quotidien.

De manière plus concrète cela sous entend que le technicien doit prendre en compte l’histoire d’une ville ou d’un quartier. Les représentations collectives des habitants jouent en effet beaucoup dans le ressenti et dans l’appropriation d’un nouveau projet. L’attachement d’un individu à son quartier, à son immeuble est la résultante d’une construction historique personnelle. Au lieu, et comme c’est encore trop souvent le cas, d’imposer un renouvellement voire une destruction « par la force », il apparaît plutôt nécessaire de coproduire le futur avec les habitants. Par ailleurs, à travers la France, de nombreux exemple de mobilisation d’habitants contre la destruction de leur immeuble, jugé inesthétiques ou sociofuge par les « experts », montre l’attachement de ceux-ci à leur ville et à leur quartier.

Enfin la conception urbaine ne peut se faire que par le biais d’une planification. Comme en matière de transition écologique des activités industrielles et commerciales, créer la ville ne peut se faire que sur un temps long. Planifier permet de dépasser la logique capitaliste de recherche de profitabilité à court terme mais aussi de surmonter l’inconvénient de la brièveté d’un mandat politique. En effet, si la conduite d’un projet urbain doit être impulsée par les élus, ce sont les citoyens qui doivent être les concepteurs réels de celui-ci et finalement avoir le « dernier mot ». Cette manière de planifier en mettant au centre de décision les citoyens désarme l’argument du cumul des mandats dans le temps qui serait nécessaire pour garantir la bonne application du projet. Or cette participation citoyenne demande un développement des instances de démocratie participative à tous les niveaux de décision.

En proposant une 6ème République, le Front de gauche est aujourd’hui la seule force politique à répondre à cet impératif démocratique qui est une solution pour garantir la qualité des projets urbains menés sur les territoires, qualité qui permettra à son niveau d’ajouter une pierre à l’édifice de la lutte contre la ségrégation spatiale et l’exclusion sociale.

Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s