Le partage des richesses, étape n°2 : une fiscalité écologique, juste et efficace


Si je ne partage pas l’ensemble des solutions proposées par les économistes Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, il faut reconnaître que leur petit ouvrage « Pour une révolution fiscale » paru l’année dernière a permis d’ouvrir le débat sur la fiscalité en France. Le diagnostic est particulièrement alarmant : notre système fiscal n’est pas aussi égalitaire qu’on voudrait le croire. Il apparaît même particulièrement généreux pour les classes dominantes (les 1% les plus riches) qui vont verser à l’Etat, en proportion de leurs revenus, une part moindre de leurs revenus que les plus pauvres. Ce constat est la conséquence d’une faible imposition des revenus du capital qui, à partir d’un certain niveau de revenus, deviennent la principale ressource. A l’inverse si les plus pauvres vont s’acquitter d’une part plus minime de l’impôt sur le revenu, c’est la TVA (impôt dégressif car les plus pauvres consomment plus que les plus riches qui peuvent épargner) et les diverses cotisations sociales qui vont alourdir le taux d’imposition.

Or la politique menée par la droite depuis 10 ans favorise clairement la classe dominante et creuse les inégalités au détriment des plus modestes. La suppression de l’ISF, l’instauration d’un « bouclier fiscal » (bouclier contre les pulsions partageuses de l’Etat évidemment) et la suppression de tranches de progressivités pour l’impôt sur le revenu sont les mesures concrètes les plus célèbres (et non pas populaire) de cette politique cynique en faveur des plus riches.  Dans le domaine économique le gouvernement et les députés de la majorité ont eu la main lourde sur les allègements d’impôts pour les entreprises. Les exonérations de cotisations patronales et notamment la fameuse loi TEPA de 2007, application concrète du « Travailler plus pou gagner plus » de Sarkozy, coute chaque année plus de 30 milliards d’euros à l’Etat. Mais en plus d’être couteuse ces mesures sont totalement inefficaces : ni augmentation du pouvoir d’achat des ménages (si ce n’est de plus riches), ni réduction du chômage. De plus, dans les causes de la dette des riches nous avons aussi les nombreuses niches fiscales qui profitent aux individus qui possèdent le plus de capital et des employés pour le gérer. Enfin l’argument donné par la droite visant à faire revenir les exilés fiscaux est une plaisanterie cynique : il n’y a jamais eu autant de fuite fiscale que depuis l’arrivée au pouvoir du président des riches.

L’urgence écologique à laquelle nous devons répondre dès à présent nous oblige à repenser l’ensemble de notre système de redistribution des richesses. Une politique fiscale menée par le Front de gauche doit se faire dans l’optique d’une planification écologique nécessaire au progrès humain.

Dans cet objectif il est possible d’agir tout de suite. Commençons d’abord par revenir sur l’ensemble des cadeaux de la droite à ses amis de la classe dominante : on supprime le bouclier fiscal, on augmente l’ISF et l’impôt sur les revenus du capital. Pour lutter contre la recherche de la profitabilité financière à court terme, le Front de gauche taxera les revenus financiers des entreprises. En faisant cela nous rendrons moins rentable les placements sur les marchés boursiers et plus rentable le véritable investissement productif. Cette mesure est une manière de favoriser la relocalisation de l’économie. De plus, mettre en place des mesures de modulation des taux de l’impôt sur les sociétés ou sur les cotisations sociales en fonction des objectifs et comportements d’une entreprise permet de favoriser une finalité sociale. En effet, les entreprises seront incitées à réaliser une production de qualité, localement en favorisant l’augmentation des salaires plutôt que des dividendes car tout comportement contraire au bien être collectif sera couteux pour elles. L’objectif n’est pas de punir mais d’inciter à la production visant à la satisfaction des besoins humains.

Enfin une mesure semble incontournable de toute politique fiscale écologique : l’instauration d’un revenu maximum autorisé. L’accumulation sans fin de richesse est une des causes, par le gaspillage et la consommation ostentatoire, de la destruction de la planète et il apparaît facile d’y remédier. Si les autres candidats semblent refuser toute hausse d’impôt pour les plus riches (la dernière tranche d’imposition à 45% proposée par François Hollande me paraissant presque être une provocation), rappelons que le principe d’une « imposition confiscatoire » n’est pas nouveau. Durant la période Roosevelt, que personne ne soupçonne être de gauche, le taux d’imposition des plus riches était de 91%. Ce n’est que Ronald Reagan qui dès son élection en 1980 a décidé de le baisser. Le projet du Front de gauche prévoit donc un revenu maximum à hauteur de 20 fois le revenu médian, c’est à dire à 360 000€ par an. Car finalement, aucun besoin humain véritable ne nécessite de gagner plus que ça. Et puis si ça ne plait pas à certains, qu’ils s’en aillent ! Le Trésor public, sur le modèle des Etats-Unis, leur fera payer la différence entre ce qu’ils payent dans le pays où ils vivent et ce qu’ils auraient du payer s’ils étaient restés en France, ça ne sera que le juste retour des choses pour avoir profité pendant un certain temps du système social et des services publics du pays.

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