La gouvernance contre la démocratie


PS: Je m’excuse par avance, ce texte a été écrit il y a quelques temps, je me décide à le poster avec un peu de retard.

Comme un coup de semonce le fameux philosophe allemand Jürgen Habermas déclarait dans une tribune publiée sur le site internet du Monde, le 17 novembre 2011, que la gouvernance était un « euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique ». Alors que cette notion apparaît pour les différents « penseurs » du développement durable comme le symbole même de la modernité participative, celle où enfin tous les exclus du Monde (pas le quotidien) pourrait s’exprimer dans un superbe consensus, voilà qu’un des plus grands penseurs de notre siècle (enfin surtout du précédent) jette un pavé dans la marre, passé (presque) inaperçu. Pour resituer le contexte l’intellectuel revenait sur les différents accords entre les pays européens pour gérer les coups d’états des marchés financiers.

Le terme gouvernance qui pourrait sans difficulté entrer de le dictionnaire de la Novlangue (inventé par Georges Orwell pour son roman d’anticipation 1984 vise a modifier la façon de s’exprimer pour rendre impossible l’expression d’une pensée révolutionnaire) est d’inspiration néolibérale et a particulièrement la « cote » auprès de ces derniers. Celui-ci va se développer dans un premier temps dans le monde de l’entreprise avec comme objectif de favoriser la participation de tous au processus de décision. Mais attention, il n’y a aucunement une volonté de remettre en cause l’absence de démocratie dans l’entreprise mais juste d’améliorer l’implication des employés dans leur travail et donc le profit de cette dernière. Progressivement la gouvernance va se développer à d’autres institutions et à la « société toute entière » avec comme objectif de faire reconnaître une voix démocratique à des acteurs économiques et institutionnels. Pour faire simple, c’est l’intégration du capitalisme dans les processus de décision politique.

La gouvernance n’est donc qu’un substitut à la démocratie, parfaitement adapté à un système politique oligarchique basé sur le « capital social » des individus, c’est à dire sur leur facilité à faire marcher leurs relations dans un sens ou un autre. D’une manière concrète cela peut se traduire par une gestion élitiste des affaires au détriment du peuple tout entier. Dans le monde du travail nous allons par exemple assister, et comme le souhaitent le MEDEF mais aussi certains (socio)libéraux, à une supériorité juridique du contrat et de l’accord individuel contre la loi générale et protectrice pour les travailleurs. Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS, parle du « piège de la gouvernance » et d’un « outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum ».

Au niveau local, celui du quotidien, la notion de gouvernance est loin de réaliser l’idéal libertaire de participation autogérée des habitants et ce malgré une augmentation visible de la volonté de participation citoyenne des habitants. Les différents exemples de « démocratie participative » montre à l’inverse une recherche de contrôle par les élus locaux dans le but d’empêcher l’émergence de contre-pouvoirs réels. Ce contrôle se fait par l’installation de cadres stricts et rigides et concernant des sujets souvent sans réels enjeux. Il n’est pas rare que l’on demande à un Conseil de quartier de choisir la forme des bancs que l’on a prévu d’installer, le « fond politique » est évité. La frontière entre participation citoyenne véritable et « communication politique » est parfois mince. Enfin si certaines instances de participation semblent attirer un succès important, ce dernier masque une croissance des inégalités entre les intégrés qui participent d’avantage et les exclus qui participent de moins en moins.

La participation de l’ensemble des habitants nécessite que l’on lutte contre les exclusions des plus précaires en leur garantissant le droit à la ville par des politiques de services publics efficaces et par l’abolition des craintes face au logement. C’est seulement après avoir transformé la vie des exclus de la « citadinité » que ceux-ci s’intéresseront « naturellement » à la vie démocratique de la cité. L’émancipation urbaine passe par une réappropriation des « affaires de la cité » par les habitants eux-mêmes et cette question doit être au centre des réflexions pour la refondation Républicaine que l’on souhaite.

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One Comment on “La gouvernance contre la démocratie”

  1. lecridupeuple dit :

    Le corollaire de la gouvernance est la démocratie dite « participative », à laquelle on ne donne les moyens de participer qu’aux groupes déjà constitués, plus soucieux de leurs intérêts personnels que de l’intérêt général.
    J’écris cela vite mais je vais compléter en posant ma réflexion personnelle sur le sujet dans le lieu adapté.


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