Le triomphe de la passivité


Tout le monde garde en mémoire la phrase de Patrick Le Lay, PDG de TF1 en 2004 : « ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible ». Hors celle-ci est révélatrice d’un mode de vie nouveau dans lequel la télévision a un rôle principal. La production télévisuelle française des chaines privées comme publiques, qui s’inspire beaucoup des émissions américaines il faut le dire, est très souvent un véritable abrutissement médiatique. Les rares fois où je me suis décidé à m’installer devant la télévision j’en suis ressorti abasourdi par cette insulte à la capacité humaine à penser (et je ne citerais pas d’exemple d’émission tant il suffit d’en voir une seule pour comprendre de quoi je veux parler). Déjà Marx, par la notion de « renouvellement de la force de travail » considérait le loisir (c’est à dire le « temps de non travail ») comme un moment d’aliénation. Or aujourd’hui j’ai l’impression que nous avons atteints une sorte de Zénith.

Nous sommes nombreux dans mon entourage plus ou moins proche à faire le constat d’un détachement de la population par rapport à la vie politique et notamment par rapport aux questions de sociétés. Or ce culte de la passivité ne peut être que lié à cette forme d’aliénation médiatique. Le développement de la forme culturelle de « zapping » empêche toute forme de réflexion à long terme. Il est très intéressant d’étudier le fonctionnement d’un journal d’information télévisé pour se rendre compte de la manipulation. Les « informations » s’y enchainent à un rythme effréné et sans la moindre information de contexte global (de toute façon personne « n’a le temps »). En matière de discours politiques le constat est encore plus frappant. En effet, l’idéologie dominante y est en surreprésentation tandis que tout le reste est ignoré voire ridiculisé. Or ce format de « zapping » ne se limite pas aux journaux télévisés mais concerne d’autres objets de consommation médiatique comme les journaux gratuits (le « 20 minutes » met en avant ce principe d’information facile et rapide) voire des séries (la série courte, « Bref » diffusée sur Canal+, malgré sa qualité narrative relève de cette forme). Le divertissement a fini par remplacer l’information. C’est le triomphe de la passivité intellectuelle, du sentimental contre la raison.

Alors que pour sortir de la crise écologique et sociale, les femmes et les hommes ont besoin de solidarité, cette passivité contribue à renforcer le processus d’individualisation des comportements et des modes de vie. Ce processus ayant des répercutions directes sur la participation citoyenne, visible par une abstention en croissance (catastrophique chez les « jeunes ») mais aussi par un affaiblissement des activités associatives depuis quelques années.

Avec le Front de Gauche nous ne partons pas défaitiste et nous luttons au jour le jour contre cette aliénation. En faisant de la politique autrement, par exemple en mettant le peuple au centre de nos actions grâce aux assemblées citoyennes organisées partout sur le territoire français. D’une autre façon les actions d’écoutes collectives du Front de Gauche nous permettent de montrer qu’un usage plus collectif et plus raisonné de la télévision est possible.

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4 commentaires on “Le triomphe de la passivité”

  1. Tu as oublié de dire que le « Petit Journal » de Canal+ est passée de 10 minutes à 25 minutes le soir :-p

  2. Ton petit exposé me fait penser aux malaises de certains intellectuels sollicités à des émissions de radios ou de télévisions. Frédéric Lordon expliquait ainsi l’appauvrissement de la pensée intellectuelle dans la masse médiatique, parce que sujet à une recherche d’immédiateté. Hors la pensée a besoin de temps pour assimiler, analyser, et se construire avant d’être coucher sur du papier ou évoquée dans un exposé. La pression constante de notre société à toujours vouloir aller au plus vite, à rechercher « le court terme », tue à petite mesure le processus nécessaire de reflexion assurant la pertinence des idées. Lorsque ce temps n’est pas pris en compte, alors ce sont les préjugés hâtifs, ou parfois pire, l’affect et non la raison qui prennent le pas. D’où l’importance comme tu le dis si bien de prendre le contre pied en proposant des assemblées citoyenne, la nécessité de s’inscrire dans une démarche d’éducation populaire. Mais à prendre garde toutefois de rester à la portée du plus grand nombre. Faire de l’éducation populaire n’est pas simple, et j’ai souvent entendu des reproches à l’encontre du front de gauche et du parti de gauche de faire de la « fausse éducation populaire ».

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi par rapport à la mise en garde de fin. La démarche d’éducation populaire est difficile à mettre en œuvre car elle nécessite de trouver le bon compromis entre une simplification/vulgarisation du discours tout en n’écartant pas des notions fondamentales de contexte. Nous devons, je pense, en revanche garder à l’esprit que l’objectif est de permettre aussi « d’élever » le niveau des savoirs, d’où le compromis.


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