Pourquoi la densité fait peur ?


La densité urbaine apparaît souvent comme un problème fondamental contre lequel il faut lutter corps et âme. La représentation collective voudrait accabler la densité de l’ensemble des problèmes que connaissent les villes et en particulier les quartiers populaires. Or si la promiscuité des plus pauvres, dans des habitats précaires est un problème qu’il est nécessaire de combattre, la densité en elle même n’est pas un problème, elle pourrait même apparaître comme une des solutions à la crise écologique.

Si les politiques de forte densité sont très mal vue par la population, cela relève d’une question idéologique. En effet, nous avons depuis quelques dizaines d’années une hégémonie d’un discours conservateur qui place la maison individuelle et l’accession à la propriété au centre des politiques publiques en matière de construction de logements. L’idée de l’ancien ministre de la ville, Jean-Louis Borloo de permettre d’offrir des maisons individuelles à « 100 000 € » relève de cette politique conservatrice fortement consommatrice d’espace. Nous avons en France une importation du modèle américain d’étalement spatial qui n’est vivable quotidiennement qu’en permettant à tout à chacun de posséder sa propre voiture.  Si ce discours est finalement assez populaire, c’est qu’il touche à l’inconscient collectif d’une recherche d’une vie plus agréable, plus proche de la nature, finalement le plus loin possible des tours et des barres.

Or, il est nécessaire de détruire le mythe que les fortes densités, espaces où les gens vivent « les uns sur les autres », sont l’apanage des cités populaires. Les centres des villes sont le plus souvent bien plus denses que les quartiers d’habitat social construits au sortir de la 2nde Guerre mondiale. L’exemple le plus significatif est celui de Paris. Alors que la capitale, en excluant par des politiques de rénovations urbaines et de spéculation les populations les plus pauvres, s’embourgeoise, elle est l’une des villes les plus denses du Monde. Le 16ème arrondissement de Paris, quartier bourgeois par excellence, possède par exemple une densité de 20190 hab/km2 alors que la commune de Grigny, connue pour ses deux grands quartiers populaires a une densité de 5584 hab/km2. Cette constatation nous permet de nous rendre compte que les problèmes urbains ne sont pas causés par une densité d’habitation « contre-nature » mais qu’ils dépendent avant tout de la situation économique et sociale des habitants.

Il est nécessaire de lutter contre les « fantasmes » d’une densité urbaine qui serait la cause d’une barbarie dans les villes modernes pour comprendre les nombreux avantages qu’elle permet. Le plus visible de ceux-ci est le fait qu’elle permet de mettre en place une politique de transport public efficace. En effet, plus la ville s’étend, moins il est possible de faire du transport en commun à l’intérieur de celle-ci. Or nous savons que le modèle de société basé sur la prépondérance du véhicule individuel est dépassé par la crise écologique et la nécessité de sortir au plus vite des énergies fossiles. De plus une densité importante permet la mise en place d’équipements publics accessibles facilement et permet de réfléchir à de nouvelles formes de « vivre-ensemble », impossible à mettre en œuvre avec le modèle « pavillonnaire » individualiste. Enfin, contre le développement des zones commerciales en entrées de villes « péri-urbaines », aussi laides qu’énergivores, renforcer la densité des centres villes permet de redynamiser ces derniers.

Et après ça, si les conservateurs de tout bords continuent à brandir comme étendard « le problème de densité » pour éviter de mettre en place une politique de logement social sur leur commune nous n’aurons qu’à leur rétorquer que la politique urbaine la plus efficace est une politique globale de redistribution des richesses.

Je vous souhaite tous une très heureuse année 2012, et que celle-ci soit l’année de la Révolution citoyenne.

About these ads

One Comment on “Pourquoi la densité fait peur ?”

  1. lecridupeuple dit :

    Arf… J’adore te lire Thomas mais à chacune de tes notes me vient l’envie d’écrire sur le sujet. A la fin, il faudrait qu’on arrive à faire des publications croisées :)


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s